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Intervention de M. Jérôme Filippini, préfet du Lot, à l’occasion de l’ouverture du colloque « Le temps d’un monument : les 900 ans de la cathédrale de Cahors » le 18 septembre 2019, Cahors

 

Je souhaite à mon tour la bienvenue à tous les intervenants et à tous les auditeurs de ce colloque.

Aux cotés du clergé affectataire et de l’association porteuse des festivités liées aux 900 ans de la cathédrale, l’État propriétaire a souhaité marquer ce moment par une contribution scientifique de premier ordre, en rassemblant autour de lui les meilleurs spécialistes, afin de se pencher sur l’histoire du monument, dans sa dimension archéologique, archivistique, artistique.

La cathédrale Saint-Étienne est tout à fait remarquable. Elle n’est ni la plus grande, ni la plus fameuse, ni la plus ancienne. Mais Cahors peut s’enorgueillir de posséder un « ensemble cathédrale » proprement exceptionnel, qui – fait presque unique en France – comprend, au-delà de l’église elle-même, un cloître, un archidiaconé, une prévôté. Au total, un îlot urbain en relation intime avec le tissu de la ville.

Pour l’État, cette cathédrale est une charge importante. En témoignent les crédits investis pour l’entretien et la protection de la cathédrale au cours des quatre dernières années (six cent mille euros) et ceux consacrés aux travaux en cours (près d’un million d’euros). Au total, en quelques années, la chapelle d’axe aura été assainie – pour ne pas dire sauvée – et restaurée ; la cathédrale aura été rendue plus accessible ; le clocher aura retrouvé un nouveau visage ; enfin les parties hautes du chevet et de la couverture de la nef auront été restaurées.

Cette cathédrale, c’est une charge, et c’est surtout un devoir : celui de transmettre aux générations futures ce patrimoine de la Nation, mais aussi de présenter aux générations actuelles cet ensemble architectural dans toute sa richesse. De nombreuses publications ont été éditées cette année pour permettre un meilleur accès à tous les publics (Duo enfants, plaquette générale, plaques pour déficients cognitifs...). Il reste à compléter la connaissance de l’édifice. C’est l’objectif scientifique de ce colloque.

Ce programme s’accompagne par ailleurs de plusieurs manifestations festives auxquelles vous êtes conviés : exposition photographique au Grenier du Chapitre, projection d’une œuvre commandée par la DRAC sur l’une des coupoles de la cathédrale.

L’État, par le truchement de la direction régionale des affaires culturelles, s’est fortement engagé aux cotés de la ville de Cahors, très impliquée dans le patrimoine, pour monter ce colloque dont le beau programme concourt au rayonnement de l’édifice.

Je remercie M. le maire de nous accueillir dans ces locaux, et je remercie sincèrement les organisateurs du colloque, au premier rang desquels Valérie Gaudard, conservatrice régionale des monuments historiques qui nous fait l’amitié de revenir de Nantes pour l’occasion.

Une cathédrale, c’est, comme la Nation, une construction. Une construction mentale d’abord : une représentation. Une construction matérielle ensuite. Parmi les « lieux de mémoire », les « monuments » au sens étymologique du terme, qui font la Nation française, certains édifices ont une place particulière. C’est le cas des cathédrales. Une cathédrale est plus qu’un édifice religieux. C’est l’une des pierres qui pavent le chemin de notre grand récit national. Il n’est qu’à penser à l’émotion nationale exceptionnelle provoquée par l’incendie de Notre-Dame-de-Paris.

« La trace d’un rêve n’est pas moins réelle que celle d’un pas », écrit l’historien Georges Duby, l’auteur du Temps des Cathédrales.

Une cathédrale, c’est un rêve, et c’est un pas. Ce sont ces deux traces, celle du rêve et celle du pas, qui nous réunissent aujourd’hui.

Un rêve, parce qu’avant d’être construite en pierre, la cathédrale a été rêvée, imaginée, projetée. Un rêve, ou plutôt une succession de rêves, car personne n’en détient le plan maître, c’est plutôt un palimpseste, une cathédrale sur la cathédrale, qui guide la construction, depuis le XIIe siècle jusqu’au XVIIe siècle, et encore jusqu’à nos jours.

Un rêve, mais aussi un pas, ou plutôt mille pas, c’est-à-dire : une suite de chantiers concrets, d’échafaudages dressés, de budgets pour payer des artisans et des fournisseurs, de choix heureux ou malheureux de matériaux, de percements, de comblements, de couvertures, jusqu’à l’habillage des vitraux contemporains.

Le colloque qui vous réunit pendant ces deux jours est l’occasion d’explorer cette trace, ces traces, celle du « rêve » et celle du « pas ».

Sur ces traces, je vous souhaite des travaux fructueux.