Contenu

Discours de M. Jérôme Filippini, préfet du Lot, à l’occasion de son départ

 

Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le président du conseil départemental,
Monsieur le président de l’association des élus du Lot,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs pris en vos grades et qualités,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Merci de votre présence, si nombreux, ce soir. Je dois excuser plusieurs invités qui ne pouvaient être présents, mais je veux dire que leurs messages d’amitié et leurs encouragements m’ont fait chaud au cœur.

Vous vous doutez de l’émotion qui m’étreint au moment de vous dire au revoir.

A force de plaisanter en disant que je resterais dix ans préfet du Lot, j’avais fini par m’en persuader, même si vous et moi savions que le terme serait plus proche. Lorsque nous nous sommes réunis le 10 janvier dernier pour la cérémonie de vœux, j’étais loin de me douter qu’il me faudrait, à peine un mois après, vous infliger un nouveau discours, mais cette fois, rassurez-vous, c’est vraiment le dernier !
L’annonce des mouvements préfectoraux est toujours soudaine, c’est la loi du genre, et elle a du sens : nous, préfets, sous-préfets, nous sommes des serviteurs, à disposition de la République. Notre uniforme rappelle notre parenté avec les militaires. Comme eux, même si nous ne risquons pas notre vie, nous sommes disponibles pour être projetés et pour incarner la République partout où on demande de l’incarner, de l’aider, de la protéger, de la servir.

C’est bien sûr une heureuse nouvelle, une promotion dans un poste important et dans un territoire plein d’enjeux, l’Eure en Normandie, et j’aurais mauvaise grâce à vous dire que je ne suis pas fier de cette nomination. Mais c’est une nouvelle mêlée de beaucoup de mélancolie, tant il est difficile de dire au revoir au Lot, de vous dire au revoir.

J’avais dit « je suis là dix ans », par boutade lors du premier congrès des maires, et cela m’a suivi comme le sparadrap du capitaine Haddock !

Mais en y réfléchissant bien, ces jours derniers, je me dit : « oui, en fait, je suis bien resté dix ans ! »

D’abord parce que, pendant ces deux ans et demi, je me suis efforcé de travailler comme quatre... Et si vous comptez bien, 4 fois 2,5, ça fait 10 !

Impossible de citer tous les chantiers, tous les dossiers, toutes les visites, toutes les rencontres accumulées depuis septembre 2017.

Bien sûr, il y a eu les temps forts de la vie politique de notre pays, dont le Lot n’est pas resté à l’écart, bien au contraire :

• « Matignon sur Lot », d’abord, pendant trois jours en décembre 2017 ; la « Carte Blanche » confiée par le Premier ministre et les réalisations concrètes qui en sont ressorties : le car des services publics itinérants, l’invention des maisons France Services, la création de la première plateforme française de mobilité solidaire en milieu rural (Lotocar), l’engagement de Pôle Emploi auprès des très petites entreprises, qui a été testé ici et qui est maintenant une offre de service nationale.
• La tenue du Grand débat national à Souillac, ensuite, le 18 janvier 2019 : j’ai déjà mentionné lors des voeux le rôle de ce moment clef dans la réconciliation de notre pays avec lui-même. Facétie de l’histoire, le premier Grand débat s’était déroulé trois jours avant, à Grand-Bourtheroulde, commune de l’Eure… A l’époque, je ne savais pas que la réussite de cet événement serait une sorte d’examen de passage !

Bien sûr aussi, le chantier de Chapou, et la fierté de livrer pour les décennies à venir un patrimoine de l’État rénové, fonctionnel, en coeur de ville.

Bien sûr, encore, des moments de mémoire, comme le 11 novembre 2018, ou « Louvre-sur-Lot », occasion de rappeler le courage méconnu de ces Lotois qui ont protégé les chefs d’oeuvre mondiaux du Louvre pendant la guerre.

Bien sûr aussi, de nombreux temps de débat, d’échange, de co-construction : assises de la mobilité, assises de l’eau, schéma des services au public, plan départemental pour la biodiversité, marketing territorial, plan pauvreté…

Bien sûr enfin, quelques moments de crise et de tensions (crises agricoles, carte scolaire, carte intercommunale, mouvement des gilets jaunes, tensions sur la méthanisation). Heureusement sans jamais tutoyer la violence ni la montée aux extrêmes. Mais toujours en trouvant le chemin du dialogue et du respect, y compris face aux divergences et face à l’expression légitime des mécontentements.

Deux ans et demi à travailler « comme quatre », donc, six (et parfois sept) jours sur sept, parce que, quand l’intérêt général est en jeu, on ne s’économise pas. J’ai adoré arpenter les routes du Lot, y compris le samedi et le dimanche. Quel beau métier où connaître, rencontrer, admirer, marcher sur les sentiers bordés de mur en pierre sèche, fait partie de la fiche de poste !

Mais si je peux surtout dire « dix ans », c’est parce que pendant tout ce temps, mon énergie personnelle a été démultipliée par toutes celles et ceux avec qui j’ai eu la chance de travailler. C’est le moment de leur dire, de vous dire merci, à vous avec qui nous avons œuvré.

Merci d’abord aux élus.

Merci, Mesdames et Messieurs les parlementaires, pour nos échanges toujours empreints de respect et de confiance.

Merci, Monsieur le président du conseil départemental, cher Serge Rigal, avec qui nous avons fait « cause commune » sur tellement de sujets, parce que nous sommes, vous et moi, convaincus que l’échelle départementale est la bonne pour traiter les enjeux qui concernent le Lot : l’environnement, la solidarité, le développement du territoire, l’attractivité. Certaines de ces compétences ne sont juridiquement ni du côté de l’État, ni du côté du département, et pourtant la confiance entre le préfet et le président du conseil départemental est décisive. Sans elle, rien ne marche. Avec elle, tout n’est pas réglé, mais notre force commune est démultipliée. J’étais déjà convaincu de la pertinence du ressort départemental, et j’en serai désormais, grâce à vous, aux conseillers départementaux, à vos services, un avocat plus militant encore.

Merci, Mesdames et Messieurs les maires et présidents d’intercommunalités. Plus de deux cents visites communales, cantonales, communautaires… : c’est auprès de vous que j’ai puisé mon énergie, mon envie de vous aider, de vous défendre, de vous redonner confiance aussi quand elle vous manquait. Merci pour votre accueil plus que républicain, merci pour la passion avec laquelle vous m’avez fait découvrir votre commune, merci pour votre engagement. Je me réjouis de voir le plus grand nombre d’entre vous repartir pour un nouveau mandat, avec des projets, de l’envie, de l’amour pour votre commune. Et j’adresse mes saluts républicains et mes bons vœux à ceux qui ont fait le choix de laisser la place à d’autres.

Merci aussi à tous les représentants de la société civile avec lesquels j’ai travaillé : responsables d’associations, chefs d’entreprise, artisans, agriculteurs, représentants syndicaux. Une mention spéciale pour la profession agricole, avec qui j’ai entretenu une relation très confiante, très directe, à la fois pour affronter ensemble des crises à répétition (handicaps naturels, gel, grêle, sécheresse), mais aussi pour imaginer ensemble l’agriculture de demain. Sans doute un peu de mes ancêtres, paysans pauvres de Corse et d’Ariège, est-il remonté à la surface grâce à vous… Et une autre mention pour le tissu associatif, dont les acteurs bénévoles ont été mes alliés. J’ai essayé d’avoir une liaison très active et directe là aussi avec de nombreuses associations (je ne peux pas les citer toutes). Pour être honnête, c’était très intéressé, car sans vous, associations, l’efficacité des services publics ne serait pas la même.

Merci aux médias, à la presse, qui a toujours été un relais très réactif et bienveillant des informations, des messages, des événements portés par l’État.

Merci, enfin, un immense merci, aux agents civils et militaires de l’État avec lesquels j’ai tant aimé travailler pendant ces deux ans et demi. Lors des vœux, je les ai appelés les « hussards de la République ». Car, oui, sans eux, la République serait menacée. En France, l’État a fait la Nation, et face aux germes de division qui gangrènent notre pays, les agents publics sont un ciment indispensable.
Je veux d’abord saluer mon équipe rapprochée, le corps préfectoral (Nicolas, Jean-Paul, Laurence et Jean-Luc) et les directeurs départementaux interministériels (Philippe et Marie-Dominique). Mon premier café de 7h30, le matin, avec mon fidèle lieutenant Jean-Paul Lacouture, me manque déjà ! Et je veux aussi profiter de cette soirée pour saluer Philippe Grammont, DDT, qui va bientôt s’envoler pour des contrées lointaines, puisqu’il prendra dans quelques semaines des fonctions importantes, comme directeur régional de l’environnement, de l’aménagement et du logement, à La Réunion ! J’étais fier de gagner sept kilomètres de littoral dans l’Eure, mais face aux mille kilomètres de côte à la Réunion, je ne fais pas le poids !

Merci à tous les directeurs, chefs de service, agents des services de l’État (je ne peux pas les citer tous). Merci aux agents de la préfecture et des sous-préfectures. Chez vous, j’ai retrouvé une passion commune, celle d’être utile, de servir sans se servir. Je vous ai recommandés à Michel Prosic, mon successeur, qui aura tôt fait de vous apprécier.

Et bien sûr, une pensée spéciale à celles et ceux qui m’ont supporté de très près, pour mon plus grand bonheur : mes assistantes, les chauffeurs et les personnels de résidence. La vie préfectorale fait de nous des nomades, parfois loin de nos familles, et ces collaborateurs proches deviennent un peu notre nouvelle famille. Merci à eux !

Mesdames et Messieurs,

Oui, d’une certaine manière, je suis bien resté dix ans : en travaillant beaucoup, en travaillant avec vous, j’ai multiplié les années.

Mais si je m’amuse à dire que je suis resté si longtemps, c’est aussi parce que chaque jour, j’ai travaillé en pensant au long terme, à l’intérêt du Lot à long terme.
Ce qui compte vraiment dans une vie de serviteur du bien public, ce n’est pas ce qui marche tant que vous êtes là, c’est ce qui marche après votre départ. J’ai toujours eu cette obsession dans mes différents postes, de travailler non pas pour l’instant, mais pour la durée.

Arrivé en 2017, je me suis très souvent demandé à quoi ressemblerait le Lot dans dix ans, en 2027. Et j’ai toujours essayé d’agir pour que le Lot devienne ce que j’aimerais qu’il soit dans dix ans.

Alors je vais vous en dire un mot pour finir.

Le Lot en 2027, si tous les efforts s’unissent pour le construire, ce pourrait être un des premiers territoires de France « à énergie positive » : en matière d’environnement bien sûr, mais aussi d’agriculture, d’énergie, et d’attractivité. Un territoire qui produit plus de bien commun qu’il n’en consomme, et qui accueille plus qu’il ne rejette.

Le Lot en 2027, ce pourrait être un département à la fois « actif et solidaire » : actif parce que les entreprises y sont bienvenues et aidées à s’installer, à se développer, à recruter ; et solidaire parce que personne n’est laissé sur le bord du chemin.

Le Lot en 2027, ce pourrait être un territoire « préservé mais pas mis sous cloche ». Sous prétexte que le Lot offre un patrimoine remarquable, certains voudraient le conserver dans le formol, méconnaissant gravement une réalité : la beauté du Lot n’est pas qu’une oeuvre naturelle, c’est le produit de la main de l’homme, éleveur, cultivateur, tailleur de pierre, aménageur, entrepreneur. Alors faisons attention : si, pour la tranquillité des résidents secondaires, ou pour la bonne conscience des environnementalistes radicaux, on empêche toute activité, le Lot ne sera pas conservé, mais abîmé.

Le Lot en 2027, ça pourrait être enfin, pêle-mêle : un champion de l’agriculture biologique, tiré par des appellations d’excellence ; un leader français de la truffe noire ; un paradis du sport de nature ; un laboratoire des industries de haute technologie en milieu rural ; un modèle de coopération territoriale, enfin, entre les acteurs locaux et l’État.

Voilà, j’ai fait un rêve, et je me suis efforcé de le vivre avec vous pendant ces deux années et demi.

D’ici 2027, comptez sur moi pour venir vérifier si ce rêve s’est traduit dans les faits !

Mesdames et Messieurs, chers amis,

« L’Eure est venue » ! L’heure approche de vous quitter, mais ce n’est évidemment qu’un au revoir.
Avec Marie, mon épouse qui, prise par son travail, n’a pas pu être là ce soir, nous aimons le Lot depuis vingt-cinq ans, nous y comptons désormais de très nombreux amis. Vous savez que la Normandie vous accueillera volontiers pour quelques jours. Et vous savez aussi combien nous aurons plaisir à vous revoir demain, en marchant sur le causse ou dans la vallée, en dansant dans les festivals ou en flânant à une terrasse de café sur le marché de Cahors, de Montcuq ou... de Cajarc bien entendu !

Vive le Lot, et merci à vous !