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Discours de Madame Anne-Cécile Vialle, sous-préfète de Figeac, à la cérémonie de Gabaudet

 

Gabaudet et Donnadieu, 8 juin 1944.

78 années ont passé et nous n’oublions pas.

Nous n’oublions pas que ces lieux ont été le théâtre sanglant d’une tragédie orchestrée par la barbarie nazie.

Début Juin 1944, voilà déjà bientôt 4 ans que le général de Gaulle a lancé son appel à continuer le combat.

Au milieu de l’attentisme, de la peur et de la haine, partout se sont levés des hommes et des femmes qui, refusant la défaite, la collaboration, les mesures antisémites, le service du travail obligatoire … se sont engagés pour tenter de mettre un terme au joug nazi, pour redonner à la France – patrie des Droits de l’Homme - les valeurs qui sont les siennes, celles de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.

Alors que la « bataille suprême » s’engage sur les plages de Normandie, le 6 juin 1944, de tout le département du Lot et au-delà, ils sont plusieurs centaines, de toute classe sociale, de toutes origines, à se rendre à la ferme de Gabaudet. Ils y rejoignent ceux qui combattent contre le régime de Vichy et l’occupant.

Confrontés depuis de longs mois à l’occupation, à la privation, à la crainte du STO, aux rafles comme à Bagnac, Lacapelle-Marival, Latronquière ou Figeac, aux massacres et exactions, et enorgueillis par l’espoir dont se fait l’écho Radio Londres, ils s’engagent.

Un engagement que certains, paieront du prix du sang.

La ferme de Gabaudet, pour son isolement sur le causse de Gramat et la grande taille de ses bâtiments a été choisie en mai 1944 par les FTPF comme le lieu de réunion et de formation de toutes les nouvelles recrues.

A quelques heures du massacre du 8 juin 1944, on estime à plus de 200 le nombre de personnes qui s’y trouvent.

Nous sommes le 8 juin, le soleil est encore haut dans le ciel du Causse en cette fin d’après-midi. C’est alors qu’un détachement de la funeste division SS « Das Reich » se détourne du reste de sa colonne et commet le massacre que l’on connaît tous. D’autres suivront.

25 maquisards et 4 civils furent tués, dont la jeune Denise, 17 ans, retrouvée le corps criblé de balles et broyé par les chenilles allemandes.

70 personnes furent capturées. Parmi elles, deux femmes, Philomène Joutet et Maria Lacan, échapperont aux pendaisons de Tulle le lendemain. Nombre de ces personnes furent déportées, notamment vers Dachau. Trop ne revinrent jamais. D’autres revinrent marquées à vie par cette expérience.

Tout devait être détruit. Les bâtiments de Gabaudet furent incendiés et écroulés, tout comme le hameau de Donnadieu auquel les nazis mirent le feu.

Nous sommes aujourd’hui ici pour rendre hommage à celles et ceux qui ont été tués au combat, assassinés dans ces lieux, à celles et ceux qui ont été emprisonnés ou déportés.

Années après années, nous saluons leur mémoire. Leur sacrifice ne doit jamais être oublié.

Cette mémoire, nous devons la garder !

Cette page de notre histoire, nous devons la connaître !

Pendant très longtemps, ce site est resté en l’état.

La nature a ici repris ses droits, couvrant d’un linceul de verdure le souvenir de ces atrocités. « Toute la masse d’arôme de ces fleurs pour rendre sereine la nuit qui tombe sur nos larmes. » a écrit René Char.

La puissance évocatrice de ce lieu est toujours empreinte d’un silence pesant, comme si elle voulait étouffer la folie des hommes.

Écoutons ce silence qui a tant de choses à nous dire.

Alors qu’aujourd’hui la guerre est aux portes de notre Europe, que la référence à la nazification est utilisée de manière fallacieuse, il est important de mesurer à sa juste valeur ce que signifie de vivre en paix, dans un État de droit.

78 ans après, le Grand Figeac, les communes d’Issendolus, de Gramat et de Reilhac, les partenaires publics et l’État se mobilisent pour rendre à ce site martyr toute sa place dans l’histoire et la mémoire de notre département.

Face au temps qui passe, nous devons prendre garde, pour préserver la mémoire et veiller à ce que l’histoire elle-même ne soit pas réécrite. Nous sommes les dépositaires de cette mission. Ici, la mémoire ne consiste pas seulement à se souvenir. Désormais apaisée, elle nous invite à nous imprégner de ce qui est intemporel et universel.

Ceux qui ont mêlé leur sang à cette terre ne sombreront jamais dans l’oubli.

Nous nous souvenons et nous leur rendons hommage.

Gabaudet et Donnadieu, deux noms symboles du sacrifice pour notre liberté, que nous ne devons pas oublier et que nous n’oublierons pas.

Je vous remercie.