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Introduction de Jérôme Filippini, Préfet du Lot

 

Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le président du conseil départemental,
Mesdames et Messieurs les présidents,
Mesdames et messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs les directeurs,
Mesdames, Messieurs,

Je souhaite avec ces quelques mots d’introduction vous souhaiter la bienvenue et vous dire pourquoi je vous ai invités à ce séminaire consacré à la biodiversité.

Mais tout d’abord, je veux remercier celles et ceux qui ont participé à sa préparation – notamment à la DDT, Cécile Dumaine-Escande et Bernard Decasteljau, remercier aussi celles et ceux qui ont accepté de témoigner et vous toutes et tous qui y participez.

Nous le savons, et il n’est plus possible de le nier : notre planète et nos vies individuelles sont confrontées à des risques jamais connus.

La « plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques » (IPBES) a publié son premier rapport, le 6 mai 2019.

Élaboré par 150 experts de 50 pays, s’appuyant sur près de 15 000 études et fruit de trois années de travaux, ce rapport est le premier de cette ampleur sur ce sujet. Il est considéré comme une référence.

Il met en avant des réalités et des prévisions alarmantes :

“ La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier “.

“ La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier“.

Mais ce rapport historique nous engage aussi à agir, et sans attendre :

“Si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial, grâce à un changement fondamental de système, la nature peut encore être conservée, restaurée et utilisée de manière durable - ce qui est également essentiel pour répondre à la plupart des autres objectifs mondiaux.”

Ainsi, agir pour la biodiversité est possible, et c’est une nécessité impérieuse et urgente.

Ce n’est pas une obligation morale, c’est une question vitale. Mais c’est aussi une solution, parce que la biodiversité est un facteur de résilience de la société humaine, irremplaçable face aux changements globaux qui la menacent.

Après le temps de l’ignorance ou de la méconnaissance, et après le temps du déni aujourd’hui révolu, ce que nous devons combattre, c’est le fatalisme, le repli sur soi ou la panique face à l’ampleur de la tâche, mais aussi l’affrontement antagonique entre des points de vues irréconciliables.

Car les défis sont immenses, mais il est possible d’agir.

Et d’une certaine manière, il est plus facile d’agir aujourd’hui qu’il y a cinq ou dix ans, parce, aujourd’hui, nous savons, et aussi parce que ceux qui veulent agir sont de plus en plus nombreux.

L’environnement figure en effet aujourd’hui parmi les principales préoccupations de nos concitoyens, que ce soit la pollution et ses impacts sur la santé et les ressources, le réchauffement climatique ou l’effondrement de la biodiversité.

Cette prise de conscience généralisée est certes récente, mais elle crée un contexte nouveau, propice à l’action.

Et c’est dans l’action que le Gouvernement s’est engagé avec le « plan national pour la biodiversité », publié en juillet 2018. Ce plan vise à mobiliser l’État, mais au-delà les collectivités, les acteurs économiques et associatifs, nos concitoyens en activant tous les leviers permettant de préserver et, chaque fois que possible, de reconquérir la biodiversité.

Alors, bien sûr, nous aurions pu considérer que ce plan national suffisait. Nous pourrions nous contenter de dire, comme souvent, que les autres ne font pas assez et qu’il est urgent que d’autres agissent.

C’est un autre choix qu’ont fait les services de l’État réunis autour de moi : le choix de se demander ce que nous pouvions et devions faire à notre échelle.

C’est pourquoi, à l’échelle de notre département, nous avons voulu que les services de L’État s’engagent dans une déclinaison départementale du plan Biodiversité. Parce que la biodiversité est consubstantielle de notre département : un territoire où, depuis des milliers d’années, la nature et l’homme se sont fait plus de bien que de mal ; un département attractif par sa nature préservée, ses paysages, propices à l’accueil et à la qualité du vivre ensemble, sa capacité à concilier les usages agricoles, touristiques, économiques et une riche biodiversité.

Ce plan départemental, que j’ai arrêté en juillet dernier, est entré dans sa phase opérationnelle et il fera l’objet d’un suivi sur lequel je communiquerai périodiquement.
L’objet n’est pas d’en faire ici la présentation - vous pouvez y accéder sur le site internet de l’État dans le Lot - mais je voudrais insister sur un aspect qui me paraît essentiel.

Ce plan reprend et développe bien sûr les actions de l’État directement destinées à la protection de l’environnement (les actions de la DDT, de la DREAL, de l’agence régionale de santé, de l’agence de l’eau, de l’agence française de la biodiversité et de l’office national de la chasse et de la faune sauvage – ces deux derniers étant appelés à composer le noyau de l’office français de la biodiversité qui sera créé le 1er janvier 2020)…,

mais ce plan concerne en fait toutes les politiques de L’État.

Par exemple :

• l’inspection d’académie, Pôle emploi et l’agence de l’eau s’engagent pour l’éducation et la formation à la biodiversité ;
• la DDT s’engage pour la gestion économe de l’espace, pour accompagner une agriculture respectueuse de l’environnement ;
• l’ARS s’engage dans la lutte contre les espèces invasives dangereuses pour notre santé comme l’ambroisie, pour la sensibilisation des élus et des professionnels de santé et pour un urbanisme plus respectueux du cadre de vie ;
• la DDCSPP met en œuvre un plan de protection des abeilles et promeut le service civique dans le domaine de la biodiversité ;
• plus généralement, tous s’engagent à promouvoir les appels à projets relatifs à la nature, à veiller à la prise en compte de l’environnement dans les politiques auxquelles ils contribuent et à faciliter la mobilisation des partenaires.

Ce ne sont que quelques-unes des 46 actions de notre plan départemental.

Pourquoi cette approche globale est-elle essentielle ?

Parce que l’impératif de préservation de la biodiversité interpelle tous les acteurs et toutes les politiques : l’aménagement du territoire, le développement économique, l’agriculture, les politiques sociales et bien sûr la formation.

Protéger la biodiversité, ce n’est pas seulement protéger ou restaurer les écosystèmes, même si ces actions doivent bien sûr être poursuivies et amplifiées.

Protéger la biodiversité, c’est aussi réduire les impacts négatifs de nos politiques et de nos projets, voire réviser nos méthodes d’analyse et nos objectifs pour mieux prendre en considération les enjeux environnementaux de nos décisions.

Ainsi, cela nous concerne tous.

Plus précisément - c’est important si on ne veut pas verser dans le travers de la culpabilisation -, il faut aujourd’hui un engagement concret de chacun à la hauteur de ses moyens et de ses responsabilités.

Et si nous voulons être utiles, il faut dépasser le déni bien sûr, mais aussi dépasser la sidération, les critiques et les antagonismes qui ne nous feront pas avancer ensemble.

Ce sont les objectifs du séminaire qui nous réunit ce matin.

Un « séminaire », vous le savez, c’est un lieu où se cultivent des semences.
Or beaucoup de graines ont déjà été semées.

C’est pourquoi, aujourd’hui, nous avons d’abord voulu donner la parole à ceux qui agissent.

Le format de ce séminaire ne permet bien sûr pas de faire parler tous ceux qui auraient pu nous faire profiter de leurs expériences tant les initiatives sont nombreuses. Nous avons choisi de mettre l’accent sur des actions originales, innovantes, reproductibles, mais nous avons dû faire des impasses, ce qui est bon signe : nous ne manquons pas d’exemples d’initiatives déjà existantes.

Ce format ne permettra pas non plus d’approfondir les exemples qui nous seront présentés.

Mais nous espérons bien que de cette frustration naîtra le besoin d’aller plus loin dans l’échange et les collaborations.

J’ai aussi voulu que la parole soit largement partagée avec vous tous : élus, socio-professionnels, associatifs et vous pourrez intervenir réagir ou apporter vos témoignages depuis la salle.

La matinée sera ponctuée par des temps d’échange dont nous espérons un dialogue riche et respectueux de la diversité des points de vue, sans ignorer combien le sujet est parfois passionnel.

Enfin, nous attendons de ce séminaire des propositions pour aller plus loin en faveur de la protection de la biodiversité, à notre échelle.

J’espère pouvoir conclure dans ce sens tout à l’heure avec la présidente du parc naturel des causses du Quercy et le président du conseil départemental, dont chacun connaît les engagements traduits dans les politiques mises en œuvre par leurs institutions, engagements qu’ils pourront nous faire partager dans leur conclusion.

Mais place aux exemples et aux échanges. Ils vont montrer que le Lot agit déjà, et ils vont vous donner envie, nous donner envie aussi, je l’espère, de faire encore plus.

 
 

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